MARTIN FAUCHER

Co-Executive and Artistic Director


© Maude Chauvin

The Voice of the FTA

With his strong opinions and positions, his visionary fervour and his contagious rebellious nature, Martin Faucher compels recognition as a major personality in the Quebec cultural milieu. He has long been active in the performing arts community as an actor, director, teacher and administrator.

 “I’ve always loved being in the audience just before the curtain rises. Everything lies behind that curtain – the unknown, the unexpected, the sublime, dreams or nightmares, mystery, the inexplicable, the chatterbox and the mute, the inexpressible, the marvellous, the invisible, the other.”

Complete Biography

A Passion for the Stage

After completing theatre school in St. Hyacinthe, Martin Faucher directed À quelle heure on meurt?, a remarkable adaptation of texts by Réjean Ducharme (presented at the FTA in 1989, published in 2018). Since that striking début he has directed over forty plays, both works from the classical repertoire and plays by contemporary writers. His sensitive staging reflects an acute grasp of the text, a precious skill when mounting contemporary works. He has worked with a number of playwrights, including Carole Fréchette (Les quatre morts de Marie, Les sept jours de Simon Labrosse, Le collier d’Hélène), Jasmine Dubé, (Pierrette Pan, ministre de l’Enfance et des Produits dérivés, La bonne femme) and Sarah Berthiaume (Yukonstyle, Antioche). In addition to directing and acting, Martin Faucher has pursued an interest in the language of the body and contemporary dance since the 1980s. He has danced for the choreographers Daniel Léveillé, Harold Réhaume and Catherine Tardif.

Involved in a diverse range of projects, his work covers a wide swath of stage performance, from children’s theatre to literary cabarets. His plays have been presented at Espace Go, the Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, Théâtre Denise-Pelletier, Théâtre La Licorne, Théâtre du Trident and on tour across Quebec and in France. More recently, during Montreal’s 375th anniversary celebrations he created at the FTA, in association with Jamais Lu, the piece Jusqu’où te mènera Montréal?, inviting seven writers to share their perspectives of the city of Montreal. His strong attachment to Montreal and its history are reflected in his stage works and his programming of plays directly connected to the realities of the city.

Champion of Dance and Theatre

Martin Faucher was the director of the company Daniel Léveillé Danse from 1994 to 2014. President of the Conseil québécois du théâtre from 2005 to 2009, he worked on the Seconds États généraux du théâtre professionnel québécois, which took place in 2007. He has also contributed his time and skills to the Fondation Gratien-Gélinas, the Centre des auteurs dramatiques and Théâtre Bouches Décousues. Since 2017 he has been a regular guest commentator on the radio show Médium Large, broadcast by Radio-Canada’s ICI Première. An active promoter of theatre and dance, he campaigns for recognition of the work of artists, and ensures that the FTA offers them the best ethical and artistic conditions for the presentation of their works.

Martin Faucher arrived at the FTA in 2006 as an artistic consultant. He worked for eight years with Marie-Hélène Falcon before being named artistic director and co-executive director in 2014. Like his predecessor, his artistic programming reflects an insatiable curiosity for theatre and dance from all over the world, and he is constantly scouting for exciting new works. With a passion for history and driven by a desire to pass on know-how, Martin Faucher is a communicator and a pedagogue much appreciated by many generations of artists. He teaches on a regular basis at the National Theatre School of Canada, which gave him its Gascon Thomas Award in 2018.

Martin Faucher's speech – Gascon Thomas Award (2018)

Montreal, 2017. The city is celebrating the 375th anniversary of its modern “foundation”. It was in that context that Martin Faucher presented the first version of this speech, delivered on May 24, 2017 during the International Society for the Performing Arts (ISPA) convention. A few days later at the opening of the 11th Festival TransAmériques, he offered a new version of his speech to Festival artists, guests and spectators. The final version, reworked by the author, can be found in the book FTA : Nos jours de fête, published by Somme toute in 2018.

Martin Faucher’s speech of thanks, which received a passionate reception from students at the National Theatre School of Canada when he received the Gascon Thomas Award on October 27, 2018 at the Monument National.

«C’est avec beaucoup d’émotion que je suis ici, devant vous, sur cette scène du Monument-National.

Avec beaucoup d’humilité aussi.

Tout ça est si grand, si vaste.

Infini.

Je dis « ça » car aujourd’hui, un mot, une réplique, une pièce, une histoire, une fiction, un corps, un personnage, une présence sur scène, bref le théâtre, je ne sais plus exactement ce que c’est. Mais je sais que c’est essentiel. Pour moi, pour vous, pour nous tous, pour la suite du monde.

Je sais que la vie doit être racontée. Magnifiée.

J’ai toujours aimé être devant un rideau de théâtre baissé, car derrière il y a tout : l’inconnu, l’inattendu, le sublime, le rêve ou son contraire, le mystère, l’inexplicable, le bavard et le muet, l’indicible, le merveilleux, l’invisible, l’Autre.

J’ai toujours aimé être ici, car peut-être que c’est derrière ce rideau que ce soir la bombe explosera. Et peut-être que ce soir le terroriste, ce sera moi. Et que la victime, ce sera vous. Ou moi. Ou les deux. Et que de cette explosion, je serai atteint, longtemps. Que j’en porterai des marques que j’espère profondes.

Depuis ma jeunesse, je suis marqué d’innombrables explosions théâtrales. Ces explosions sont une immense part de ce qui me constitue.

Je suis blessé, meurtri, perpétuellement sur la voie de la guérison.

J’ai toujours voulu faire du théâtre. Toujours.

Pour être meilleur, pour être ailleurs. Pour être plus beau, plus fin, plus intelligent. Pour être plus laid aussi, car souvent le monde est laid, il faut bien le dire.

Le théâtre est l’endroit du courage, là où les pires noirceurs se doivent d’êtres citées.

Si vous saviez comme je suis bien ici, dans un théâtre, sur la scène, oui, mais surtout dans les méandres des coulisses, ou là, dans l’obscurité et le silence attentif de la salle; dans la clarté de la salle de répétition, là où tout commence, dans l’enthousiasme et la petite terreur de ne pas être à la hauteur; dans un atelier de couture, dans une salle d ‘essayage, là où on assiste à l’apparition du personnage ; dans un atelier de décor, un studio de son ; dans la cuisine ou le salon bordélique d’un concepteur qui vous parle d’une idée formidable mais pour l’instant totalement incompréhensible. J’ai toujours voulu être ici pour trouver auprès de vous, qui que vous soyez, actrice, acteur, auteur, scénographe, costumière, maquilleur, éclairagiste, accessoiriste, compositeur sonore, assistante metteur en scène, régisseur, directrice technique, directeur de production, traductrice, directrice/directeur artistique, une réponse à mes questions, un assentiment, une connivence, une complicité, et oui, oui, l’amour. De l’humain. De l’impossible. De la vie.

Tout comme vous, j’ai fait une école de théâtre. Comme comédien. C’était merveilleux, c’était atroce. J’ai commencé cette école en 1979 à Saint-Hyacinthe. C’était il y a un siècle, c’était hier, j’étais minuscule, informe mais vigoureux. Je voulais tellement.

Cette école, je ne l’ai jamais terminée. Je la poursuis, je m’acharne, je me perfectionne. Les cours de cette école, avec ces ô combien manquements et incompréhensions, j’y retourne à tous les matins :

Et c’est ce que je fuis ! J’évite, mais trop tard, Ces cruels entretiens où je n’ai point de part. Je fuis Titus : je fuis ce nom qui m’inquiète. Ce nom qu’à tous moments votre bouche répète. Que vous dirais-je encore ? Je fuis des yeux distraits, Qui me voyant toujours ne me voyaient jamais. Adieu. Je vais, le cœur trop plein de votre image, Attendre, en vous aimant, la mort pour mon partage. Surtout ne craignez pas qu’une aveugle douleur Remplisse l’univers du bruit de mon malheur, Madame : le seul bruit d’une mort que j’implore Vous fera souvenir que je vivais encore. Adieu. -Monsieur Dalmain, est-ce que c’était mieux ?

Depuis 1979, je tourne le monde sept fois dans ma tête et dans mon corps. Pour être sûr d’être émouvant, ou presque, pour être fulgurant, ou presque, pour être pertinent, ou presque. Pour être là, totalement.

Après ces quelques 35 années à faire du théâtre, ou la prétention d’en faire, la chose la plus précieuse que j’ai développée, c’est le doute.

Est-ce que c’est bon ? Est-ce que ça passe ? Est-ce que ça peut être plus précis, plus économe, plus délirant, moins propre, plus sale ? Est-ce que c’est ça que l’auteur a voulu dire ? Vraiment dire ? Qu’est-ce qui se cache entre les lignes ? Est-ce qu’il y a un sens qui m’échappe, une nuance qui pourrait être apportée, jouée, sentie ? Est-ce que ça peut être meilleur ? Et moi, dans tout ça, qu’est-ce que je dis pour vrai ? Est-ce que je dis quelque chose ou je ne fais que remplir un vide ?

Derrière ce rideau, ici à Ludger-Duvernay, en bas au Studio Hydro-Québec, en haut dans la salle de répétition, là-bas sur Saint-Denis, j’ai connu des moments de pur bonheur théâtraux, des grands moments de vie. J’ai vu Macha Limonchik avoir un terrible blanc de mémoire pendant Les femmes savantes et terminer sa scène en disant avec panache « C’est ça qui est ça ! » J’ai essuyé les larmes de la gang qui jouait L’asile de la pureté de Claude Gauvreau parce que je leur disais inlassablement : « Vous ne parlez pas le texte ! Mettez des points à la fin de vos phrases. » J’ai frissonné à l’écoute de l’hallucinante conception sonore qui accompagnait mur à mur la création d’Olivier Kemeid, Nous qui ne rêvions plus. J’ai redouté ce moment où j’ai dû dire à un scénographe que je voulais scraper son décor à quatre jours de la première, car même si son décor était conforme à la maquette sur laquelle nous nous étions entendus, la compréhension que j’avais à ce point-ci de la création du texte de création de Dominick Parenteau-Lebeuf m’amenait maintenant ailleurs. J’étais tout fébrile lorsque j’ai demandé à Mathilde Dumont d’écrire une scène supplémentaire pour un personnage de sa pièce parce que ce tout petit personnage secondaire était joué par Benoit McGinnis et que je trouvais criminel de ne pas le voir davantage sur scène.

Mon cœur a fondu lorsque, dans mes fonctions de directeur artistique du FTA, un soir en Italie, dans la petite ville de Prato près de Florence, après un spectacle d’une chorégraphe suisse que je venais de voir, en mangeant avec la gang du spectacle, je mentionne au directeur de tournée (un vieux monsieur) que j’ai connu à Montréal, à l’occasion d’un exercice public de l’École, un étudiant concepteur de décors et de costumes, lui aussi Suisse, que j’avais adoré ce garçon talentueux au possible, qu’il s’appelait Valère (quel nom molièresque), qu’il était retourné dans son pays, que je ne l’avais plus jamais croisé. Et le vieux monsieur de s’exclamer : mais Valère ! Je travaille régulièrement avec lui. Je l’adore aussi !

L’École pour moi, c’est ça : des gens qu’on rencontre une première fois, tout jeunes, tout fous et qu’on retrouve plus tard, à Montréal ou ailleurs, d’une façon ou d’une autre, aguerris, confiants, resplendissants. L’émotion de retrouver Line, Pascale, Marie-Hélène, Emmanuelle, Stéphanie m’assister dans une salle de répétition du Théâtre d’Aujourd’hui, d’Espace Go, de la Licorne, de voir ces actrices et ces acteurs connus d’abord tout lisses, pas un pli, avec maintenant leurs premiers cheveux blancs, leurs premières rides, leur corps se transformant, tout comme moi je me suis transformé depuis ce Saint-Hyacinthe qui ne veut jamais se terminer.

J’ai une pensée aussi pour celles et ceux que j’ai connus ici et que je n’ai jamais recroisés. Qui ne font pas, ou plus, ce métier, ce « ça ». J’espère de tout mon cœur que le rêve de ce « ça » ne les aura pas broyés, car le désir du théâtre peut être terrible aussi, cruel. Je pense à eux, comme je pense à moi dans mes plus grands moments de découragement pendant les répétitions de mon premier exercice public de 3e année, ce Pirandello à marde dans lequel j’étais complètement perdu.

Le gouffre, l’abîme, le néant absolu, le « ça » du théâtre, c’est ça aussi.

Je suis ici devant vous, fragile. J’ai 105 ans et j’ai toujours 20 ans.

J’adore ce rideau. Lors des exercices publics de l’École, que je ne manquais sous aucun prétexte, je l’ai vu se lever sur des Brecht, des Dario Fo, des Sophocle, des Tennessee Williams, sur une fresque historique délirante d’André Ricard parlant de la Nouvelle-France. Mais je me rappellerai toute ma vie de ce collage Tremblay/Genet/Claudel dirigé par André Brassard, mon maître absolu de la mise en scène, le professeur que je n’ai jamais eu, mais qui m’a tellement enseigné.

J’avais 19 ans, j’étais ici dans le vieux Monument-National, tout poussiéreux, décrépi et tellement beau. Lentement, le rideau rouge se leva au son d’une musique de Bach, triomphante au possible, trompettes pétaradantes, orgues stridentes. La levée du rideau révéla une immense salle à coucher opulente et magnifique, démente, tout en dorures, en draperies et en moulures extravagantes. Un immense lit à baldaquin trônait au milieu de ce décor d’or et de lumières. Nous, pauvre public, étions littéralement soufflés, et devant tant de splendeur, à tout rompre nous avons applaudi le décor. J’ai applaudi le décor. Puis, les acteurs et actrices entrèrent, lentement, dans un silence inquiétant. Et, dans un geste d’une sauvagerie inouïe, devant mes yeux incrédules, avec force cris et hurlements, en deux temps trois mouvements, les actrices et les acteurs démolirent totalement ce décor pour le transformer en champ de bataille où le théâtre, le vrai, pouvait commencer, où Claire, Solange, Manon, Hosanna, Prouhèze, Sept-Épées pouvaient être les guerriers de la beauté qu’ils sont.

Ce soir-là, André Brassard m’apprit que le théâtre est une bombe et que, pour qu’on ne dorme pas sur nos certitudes, la bombe doit exploser. On ne sait pas où ni quand, mais il doit y avoir explosion, combustion.

La bombe peut se loger partout, dans les interstices les plus minuscules, dans un mot, dans une réplique en apparence anodine, dans la couleur étonnante d’un costume, dans un bref silence surgissant au beau milieu d’un flot verbal, dans une caresse qu’un personnage donne à un autre qui pourtant le déteste, dans ce que vous voulez, un détail ou dans son ensemble.

La moitié du monde est en ostie contre l’autre moitié. Et elle a bien raison. C’est pourquoi nous devons amorcer, dans le drame ou dans le rire, des bombes dans le théâtre que nous faisons. Afin que tombent les barrières, les frontières du raisonnable, les limites du connu, les préjugés, les a priori, les idées reçues, les clichés, le pâle de la vie comme le dit si bien Réjean Ducharme.

Je me considère maintenant comme étant un poseur de bombe. Je parcours le monde afin de ramener, le temps d’un festival, des bombes théâtrales et chorégraphiques. Je donne la parole à qui a envie que ça revole. Avec violence ou avec douceur, peu importe, il faut que ça revole.

Je n’ai fait qu’une chose dans ma vie. Du théâtre. À Saint-Hyacinthe, j’ai aimé d’amour des professeurs, j’en ai haï d’autres. C’est dans cet amour et dans cette haine que je me suis formé. Que je me forme encore. Les essais, les erreurs, les réussites et les échecs font partie de ma vie. Je me rappelle encore de cet Ubu roi si mauvais dans lequel je jouais en 2e année. Je me disais : « Il me semble que le théâtre ce n’est pas ça, que ça ne peut pas être ça, que ça ne devrait pas être ça. »

Et depuis, j’ai essayé, et j’essaie toujours, de trouver ce « ça ».

Le théâtre m’a amené à m’inventer, à me réinventer, à me trouver.

Je ne sais pas de quoi demain sera fait. Et c’est tant mieux. Quelqu’un m’attend. Et ce quelqu’un est peut-être parmi vous. Le meilleur est encore à venir.

La bombe n’est pas toujours là où l’on croit la trouver. Derrière ce rideau, il y a le décor du Mystère d’Irma Vep, l’aventure théâtrale la plus débridée que j’ai vécue à titre de metteur en scène ; celle qui m’a rebranché sur l’essence du jeu théâtral comme lorsque j’étais enfant, dans cette innocence, dans cette naïveté et dans cette liberté qui doivent à tout prix être préservées.

Hier soir, des gens hurlaient de rire devant les niaiseries de Serge Postigo et Eric Bernier. Faire hurler des gens en toute impunité, ce n’est quand même pas rien.

Ce que j’ai pu accomplir dans le monde théâtral jusqu’à maintenant, je le dois à mon entêtement, oui, mais aussi à une immense dose d’inconscience.

La route est longue. Ardue. Passionnante.

Je n’aurais pu la parcourir seul.

En terminant, permettez-moi de remercier des personnes qui se sont trouvées sur ce chemin, qui m’ont été précieuses et qui m’ont permis d’être là, aujourd’hui, devant vous.

Je remercie Marie-Hélène Falcon de m’avoir ouvert, avec le Festival TransAmériques, les chemins du monde entier. Le théâtre et la danse que je vois ici et ailleurs me donnent une force incroyable.

Je remercie Claude Poissant, l’ami de toujours, avec qui je refais inlassablement les mises en scène et les distributions de chaque spectacle que nous voyons, dont les nôtres.

Jean Fredette, en m’accueillant un mois chez lui à Berlin, j’ai pu, soir après soir aller à la Schaubühne, à la Volksbühne, au Deutsches Theater, au Maxim Gorki, à Sophiensaele, au HAU, et réaliser que le théâtre, ça n’avait vraiment pas de limite.

Je remercie Gilles Renaud pour cette première invitation à venir travailler ici à l’École en dirigeant ces inoubliables Femmes savantes.

Je remercie Réjean Ducharme pour l’essence de ses mots qui me suivront toute ma vie durant, Benoit Vermeulen et Suzanne Lemoine, les complices d’À quelle heure on meurt ? le vrai début de tout, et Ginette Noiseux qui m’a ouvert les portes de son théâtre pour accueillir mes premiers pas.

Sarah Berthiaume, Carole Fréchette, Jasmine Dubé, Lise Vaillancourt, Emmanuelle Jimenez, pour m’avoir permis d’entrer dans vos mots, dans vos univers.

Markita Boies, Eric Bernier, Macha Limonchik, Hélène Mercier, Pierre Bernard, pour leur créativité, leur générosité.

Daniel Léveillé pour m’avoir donné un corps dansant, pour la patience et l’écoute dans ces longues heures de découragement dans la cuisine de la rue Champagneur quand je ne jouais pas pantoute, et surtout pour l’amour.

Louise Lahaye et Diane Miljours, les fées marraines qui m’ont offert de jouer un serpent dans Le cocodrille, mon tout premier contrat en arrivant à Montréal.

De Saint-Hyacinthe, je remercie mon professeur Andrew James Henderson pour la voix.

Yvan Ponton pour ses incroyables cours d’improvisation qui m’ont libéré du carcan dans lequel j’étais enfermé (je vous raconterai un jour cette improvisation où la consigne était que ça devait se dérouler dans un lieu réel de la ville. Nous avions simulé, en plein centre-ville, le kidnapping dans une camionnette d’une fille de notre classe qui nous tapait sur les nerfs, et que la police, la vraie, celle de la Sûreté du Québec, était venue nous voir pour savoir c’était quoi cette affaire-là. « Ben monsieur la police, c’est une improvisation qu’on fait… » Ce jour-là, j’ai réalisé que le théâtre pouvait rencontrer de plein fouet la vraie vie).

Je remercie Jean Dalmain –trouvez-vous à midi à la petite fontaine/mais que diable allait-il faire dans cette galère ?/Bon appétit messieurs- pour qui le répertoire classique français, ça se jouait aussi facilement que ça, et pour qui la langue française, ses subtilités, ses richesses, sa poésie, n’avait aucun secret.

Je remercie aussi le metteur en scène de ce si mauvais Ubu roi.

Je remercie France Arbour auprès de qui, de 8 à 16 ans, j’ai suivi des cours de théâtre dans mon Granby natal.

J’ai grandi dans une maison où il y avait des disques, des livres, de la lumière.

Dès l’âge de six ans, je me souviens, j’ai dit « Maman, je veux faire du théâtre. » Et ma mère m’a dit « Martin, tu veux faire du théâtre ? Tu vas faire du théâtre. »

Et aujourd’hui, je fais encore du théâtre.

Maman, merci.

André Brassard a dit « On est là pour passer le feu, pour transmettre une espèce d’exaltation à être vivant malgré tout. »

À vous toutes et à vous tous, c’est un grand honneur que vous me faites aujourd’hui.

Je vous en suis profondément reconnaissant.

Bonne vie.»

– Martin Faucher

Who am I and who may I become? (excerpt)

Montreal, 2017. The city is celebrating the 375th anniversary of its modern “foundation”. It was in that context that Martin Faucher presented the first version of this speech, delivered on May 24, 2017 during the International Society for the Performing Arts (ISPA) convention. A few days later at the opening of the 11th Festival TransAmériques, he offered a new version of his speech to Festival artists, guests and spectators. The final version, reworked by the author, can be found in the book FTA : Nos jours de fête, published by Somme toute in 2018.

“I live in a strange land, a land of resistance, revolt. It is also far too often a land of abdication. A land where everything has yet to be built for the dream has not been realized, or has fallen into the hands of speculators, manufacturers of trinkets and injustices.

In the middle of rich and powerful America, the home of Hollywood and cardboard Disney castles, flashy casinos with extravagant fountains and sequined entertainment, here in Montreal is an incredible something, a festival of contemporary dance and theatre. First the Theatre Festival of the Americas and now the Festival TransAmériques, for the past thirty years the festival has been finding and presenting the new and the unknown in the heart of the city. How is that possible?

Because:

I am Françoise Sullivan, the dancer, choreographer and visual artist, the daughter of an Irish father and French Canadian mother who, along with her artist friends, signed the Refus global manifesto, pulling us in 1948 into modernity by rebelling against the Church and dancing in the snow. Long-suppressed energies suddenly find release, with heightened fury.

I am Leonard Cohen, the English-speaking Jewish poet from the rich neighbourhood of Westmount who chose to move into a working class district of Montreal. There is a crack in everything. That’s how the light gets in.

I am Michel Tremblay, the playwright from Plateau Mont-Royal, the Montreal neighbourhood of the oppressed, the writer who paid tribute to housewives. to gays, to the repressed and frustrated, in a language, our language. Chus v’nue au monde par la porte d’en arrière, mais m’as donc sortir par la porte d’en avant!

I am the sisters Kate and Anna McGarrigle, singing in the most delicious French imaginable. Croyez pas qu’on n’est pas chrétien, le dimanche on promène son chien.

I am Margie Gillis, the flowing hair of Margie Gillis, the freewheeling arms of Margie Gillis, a woman who dances with the free, easy manner and generosity of femininity, liberty and peace, even dancing in Communist China in 1979.

I am Marie Chouinard, a dancer and choreographer from the centre of the earth who taught us that before being man or woman, Quebecois or Canadian, French-speaking or English-speaking, we are but a humble cell, an atom, a breath, a spirit, an energy.

I am Edouard Lock, the brilliant choreographer born in effervescent Casablanca who moved to Montreal as a child, and the dazzling Louise Lecavalier from a very white, well-behaved suburb of Montreal. They make two things quite obvious: a man is a woman is a man is a woman; gravity and falling are delightful ways of getting back on your feet.

I am Mani Soleymanlou, actor, writer and director born in Iran, who moved from Teheran to Paris, Toronto and Ottawa and who now, here in Montreal, expresses who he is, who we are and who we are not and more.

I am Dana Michel, a dancer and performer of Jamaican heritage who transcends to the point of hallucination daily lives in the ghettos of the unloved, of black women, of the homeless, of unhappy misfits, of lost souls.

I am Daina Ashbee, a choreographer of Cree and Métis heritage who brings blood, water, organs, bones, energy and thought gushing from the body in order to evoke the cosmos that begat us all.

I am that, all of that, and much more.

I do not know what tomorrow will be made of, who Montreal will bring into the world, who Montreal will welcome, who Montreal will inspire. We live in disturbing times of slow extinctions, of dematerialization. Social exclusion is a very real danger. Montreal is no longer a twofold entity; the multitude rules. Everything is changing, colliding, reverberating, echoing. New identities are yet to be named. Singularity, difference and marginality demand their place in the sun.

I am many.

On this millennial island, perfection does not exist. Personally I am convinced that artists will succeed in asking the right questions, real questions, questions that sometimes hurt, and that through their strength, their insubordination, obstinacy, fantasy and poetry, they will find the onset of an answer.

Here we are, whoever we are.”

-Martin Faucher
Original text published in FTA : Nos jours de fête

Read Martin Faucher’s 2019 Editorial

 

DAVID LAVOIE

Co-Executive and Administrative Director


© Maude Chauvin

An Active Force in Theatre

Renowned for his sense of community and commitment, David Lavoie has been actively involved in the cultural milieu for the past fifteen years.

“I was a young adult when I first encountered, almost by chance, theatre in the form of a café-théâtre on St. Denis Street. I was studying administration and knew nothing about the stage and performance, but I soon became friends with the artists performing shows there. I found their work fascinating, like a foreign language that describes the world in new and different ways, reinvigorating it with beauty and truth.”

Complete biography

A tenacious entrepreneur, he helped create the Théâtre Aux Écuries, a veritable incubator of theatre, and served as its general manager from 2005 to 2012. The following year, the Conseil québécois du théâtre acknowledged his exceptional contributions and awarded him its Prix Sentinelle. Co-founder of the Festival du Jamais Lu, David Lavoie was its administrative director until 2012. He also assisted Théâtre de la Pire Espèce with its local and international activities as administrative director, and has also worked with Théâtre du Grand Jour and the Festival du nouveau cinéma.

Shaping the Future

Concerned about the professional and institutional issues facing the arts, David Lavoie shares his expertise with several cultural organizations as a member of the board of directors for the Association des compagnies de théâtre, the Association des diffuseurs spécialisés en théâtre, the magazine Liberté and Rubberband Dance. He was co-president of the Conseil québécois du théâtre from 2016 to 2018, working in conjunction with Brigitte Haentjens. Always ready to help improve conditions for artists, he plays an active role in mobilizing forces and resources.

His unfailing and structured commitment to supporting emerging artists continues, and he acts as a mentor and consultant for many young artists. With a degree in business administration from the École des Hautes Études Commerciales in Montreal, the co-executive and administrative director of the FTA also has a black belt in kung fu. Keenly interested in collective intelligence and projects with liberating power, David Lavoie directs the FTA with an acute awareness of the future of its imperatives.