Les cahiers
des Respirations

#6

par
Emmanuelle
Jetté

20 janvier 2021

Bleu Néon, à la rencontre de soi

J’ai parfois la chance d’assister à des étapes de travail préliminaires ou d’entrer en dialogue avec des artistes dont les projets sont encore en chantier.

Cette année, pour témoigner des processus en mouvement des artistes des Respirations 2021-2022, je vous emmène avec moi en salle de répétition, au cœur de mon expérience de spectatrice, à l’intérieur même de ces fabriques de la création.


Le 9 décembre dernier, Kim-Sanh Châu présentait une sortie de résidence publique à la Maison de la culture Marie-Uguay, sur le boulevard Monk. La chorégraphe et danseuse vietnamo-française avait pu y passer la semaine avec son équipe pour travailler sur sa prochaine création Bleu Néon.

Je n’avais encore jamais fréquenté cette petite salle à l’italienne de Ville-Émard. À mon arrivée, je m’aperçois avec plaisir que le public est assez nombreux et composé à la fois de proches de l’artiste et de témoins curieux. Louise Michel Jackson, directrice de production, nous accueille chaleureusement tandis que Kim-Sanh Châu nous invite à nous rapprocher de la scène pour plus d’intimité. Des coussins au sol sont même à notre disposition.

La présentation débute par une séquence de rap vietnamien. Assise sur un tabouret, Kim-Sanh Châu relève le défi de performer au micro plusieurs pistes du rappeur JONAIR, qui l’accompagne d’ailleurs sur scène. Ayant grandi en France, la chorégraphe maintenant basée à Montréal ne parle pas couramment le vietnamien, bien qu’elle le maîtrise de plus en plus. Grâce à la Respiration du FTA, elle a notamment pu faire appel à un mentor, le rappeur vietnamo-canadien Lil Waterboi, pour affiner sa prononciation et travailler la vélocité des morceaux pendant sa résidence de création.

Chargée de l’énergie et de la puissance du rap, elle quitte son tabouret pour se déplacer dans l’espace en position de squat. Très peu pratiquée en Occident, cette posture peut paraître inconfortable, mais elle se révèle des plus stables. Ainsi enracinée, Kim-Sanh Châu rase le sol avec lenteur et introspection. Ses déplacements sont induits par synesthésie, une faculté des sens permettant de créer des associations insoupçonnées : les couleurs des néons qui structurent la scène motivent chacune un mouvement, un son, une intention. L’installation de l’éclairagiste Jon Cleveland rappelle l’esthétique lumineuse des villes sud-asiatiques comme Saigon, d’où proviennent justement les différentes sources utilisées.

L’ambiance sonore créée par l’artiste laotien Hazy Montagne Mystique/Chittakone Baccam, collaborateur de longue date de la chorégraphe, est entrecoupée de témoignages préenregistrés de Kim-Sanh Châu et d’une de ses amies vietnamiennes. Des souvenirs tissés de réel et de fiction évoquent un Vietnam lointain, parfois rêvé. Bleu Néon raconte la quête identitaire de Kim-Sanh Châu. En cours de réappropriation de sa culture d’origine, elle sonde sa propre mémoire corporelle pour faire émerger paysages oubliés et savoirs enfouis.

 

Kim-Sanh Châu © Guillaume Vallée

 

Si la suite du travail vous intrigue autant que moi, Kim-Sanh Châu présentera Bleu Néon au MAI – Montréal Arts Interculturels du 28 au 30 avril 2022.

 

Kim-Sanh Châu est une artiste en danse contemporaine vietnamo-française basée à Montréal. Elle est présentement codirectrice artistique et générale du Studio 303 et artiste associée pour la compagnie Equivoc’. Son travail a été présenté entre autres au MAI, à l’Arsenal, à Tangente, à SIDance (Corée) et à Krossing-Over (Vietnam).

 

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