FTA 2021 : L’art n’a pas connu de repos !

Le Festival TransAmériques a conclu sa 15e édition, la dernière dirigée par Martin Faucher, directeur artistique de l’événement depuis 2014. Du 26 mai au 12 juin 2021, festivalièr·e·s et artistes étaient tout à la joie de se retrouver enfin, partageant la même foi en l’acte de création comme baume régénérateur. Depuis la fermeture des lieux culturels à l’automne 2020, le FTA a été le premier grand festival à se tenir, sonnant le retour des événements estivaux qui font la renommée de Montréal.

Au service de l’art et des artistes

Dans un contexte contraignant, malgré des capacités de salle réduites à l’extrême, le FTA 2021 fut ambitieux, avec 27 œuvres de danse et de théâtre présentées durant 18 jours, dans 18 lieux, lors de 486 représentations. Plus que jamais au service de l’art et des artistes, le Festival a affirmé son rôle structurant dans un écosystème fragilisé. En faisant le pari de l’envergure, il a mis à l’œuvre 379 créatrices et créateurs, artisans, concepteurs et conceptrices, ainsi que 167 travailleur·euse·s  culturel·e·s, technicien·ne·s et vidéastes directement embauché·e·s par le Festival pour réaliser cette édition atypique.

Cet engagement envers le milieu n’aurait pu être possible sans le soutien indéfectible des partenaires publics et privés et des donateurs qui appuient la mission du Festival et croient à l’importance des artistes en ces temps incertains. Nous les en remercions.

« Tout au long de cette terrible année pandémique, le FTA a tenu le pari de la vie. C’est avec émotion que j’ai vu la chaîne magique de Antonin Artaud renaître entre artistes et publics lors de cette ultime édition que je signais. Cette renaissance est peut-être mon legs le plus précieux pour le futur du FTA. Vivement demain ! »

— Martin Faucher, directeur artistique

 

26 spectacles de danse et de théâtre

Le FTA 2021 a rayonné dans des lieux extérieurs inhabituels : la trentaine de danseurs et danseuses de O2 réunis par Sarah Dell’Ava ont investi le parc Baldwin et le parvis de l’Église Unie Saint-James, BOW’T Tio:tia’ke de Rhodnie Désir a interrogé l’histoire de la place D’Youville, dans le Vieux-Montréal. Pour la première fois, le FTA se déposait dans le jardin du Musée d’art contemporain, oasis généreusement prêtée par l’institution muséale. Juste en face, La ville, des artistes était projetée sur la façade de l’Édifice Wilder. Conçue par HUB Studio, l’œuvre a fait planer sur la cité des portraits grand format des artistes de la programmation pendant 16 jours.

En 1985, Ondinnok inaugurait le tout premier Festival de théâtre des Amériques. 36 ans plus tard, lors d’une émouvante cérémonie d’ouverture, la compagnie réactivait des moments marquants du Porteur des peines du monde. Avec Meshtitau et Them Voices, Soleil Launière et Lara Kramer ont enclenché elles aussi, chacune à leur manière, un profond travail de mémoire pour nous relier aux ancêtres passés, présents et futurs. Avec une préoccupation semblable, Rhodnie Désir transcendait par la musique et la danse l’histoire esclavagiste de Montréal dans le triptyque BOW’T-Tio:tia’ke.

Cette édition était majoritairement québécoise, mais les festivaliers ont aussi pu entendre le Torontois Jordan Tannahill rendre un vibrant hommage à sa mère dans Declarations et retrouver la chorégraphe de Vancouver Sarah Chase avec The door opened west, poignant solo biographique créé pour Marc Boivin. Malgré l’impossibilité d’accueillir des créateurs étrangers, le FTA a tout de même présenté trois œuvres venues d’ailleurs : Worktable de la néo-zélandaise Kate MacIntosh aura ravi petits et grands, invités à désassembler et réassembler des objets de leur choix. Omar Abusaada et Mohammad Al Attar, deux des créateurs d’Alep. Portrait d’une absence, n’ont pas pu accompagner leur spectacle à Montréal, le gouvernement canadien n’ayant pas délivré leur permis de travail à temps. Portée par 11 comédiens montréalais, cette proposition bouleversante a suscité un engouement tel que des supplémentaires ont été ajoutées. Via Instagram, le cri du cœur de _jeanne_dark_, de la metteure en scène française Marion Siéfert, a aussi résonné jusqu’à nous.

Les créateurs et créatrices n’ont pas peur de faire entendre des voix fortes qui ébranlent nos idées reçues. La série des Lectures de Port-Royal, portant la parole de An Antane Kapesh, Pierre Lefebvre et Réjean Ducharme, posait un regard impitoyable sur notre histoire, nos relations aux Premiers Peuples et les dynamiques de pouvoir. Conjurant les tabous, Gerard X Reyes questionnait en toute franchise le corps et ses représentations dans Public/Private Parts ou L’Origine du monde.

Deux grandes aventures théâtrales ont enfin vu le jour : dans Violence, Marie Brassard trouvait ingénieusement le moyen de faire apparaitre les créatrices japonaises qui devaient initialement partager la scène avec elle, tandis que Dans le nuage (première mouture) de Laurence Dauphinais et Maxime Carbonneau plongeait dans la passionnante aventure aérospatiale de la sonde Voyager et son Golden Record.

Saluons la performance démesurée de 2Fik, qui pour La romance est pas morte, 2Fik !, a incarné une fourmillante galerie de personnages en quête d’amour, durant 8 jours, 8 h par jour, chattant et rencontrant des prétendants prêts à tout pour le séduire. Tout aussi inépuisable, Manuel Roque a fait résonner le plancher du Balcon – Église unie Saint-James avec SIERRANEVADA, une partition hypnotique de sauts répétés. En clôture du Festival, l’incandescente Louise Lecavalier embrasait le théâtre Maisonneuve avec Stations, solo très attendu du public québécois.

Après des mois sans concert, les amateurs de musique live auront sans doute été ravis par La Goddam Voie Lactée de Mélanie Demers, dont la musicienne Frannie Holder accompagnait la puissante distribution d’interprètes conjuguée au féminin pluriel. Mêmes vibrations jubilatoires sur le plateau du théâtre Maisonneuve converti en écrin chaleureux pour Un temps pour tout, de Sovann Rochon-Prom Tep, où la performance électrisante des deux musiciens alimentait l’énergie des danseurs hip-hop.

Comme souvent au FTA, plusieurs spectacles ont fait appel à la participation du spectateur. Dans Anything Whatsoever, codiffusé par La Chapelle Scènes Contemporaines, Katie Ward a tendu le micro au public et fait émerger un espace bienveillant pour nos imaginaires partagés. PHOSPHOS de Paul Chambers déroulait un tapis luminescent aux déambulations du public et des performeurs.

Parmi les 18 nouvelles créations présentées cette année, on retiendra la déflagration d’énergie causée par Dog Rising, de Clara Furey et La jamais sombre, intime célébration du clair-obscur par Michel F Côté, Marc Parent et Catherine Tardif.

Deux spectacles en reprise : Anima / Darkroom de Lucy M. May et 7Starr, emblème magnétique du krump montréalais, et Aalaapi | ᐋᓛᐱ, du collectif du même nom, plongée contemplative dans l’intimité d’une génération de jeunes femmes inuites.

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